Helmet For My Pillow

« A helmet for my pillow, A poncho for my bed, My rifle rest across my chest − The stars swing overhead ». Ce sont les premiers vers d’un poème écrit par Robert Leckie en août 1942, à Guadalcanal. Le titre sonne bien, le premier ver donnant son titre aux mémoires de combat de Leckie, jeune homme qui s’est engagé dans les Marines à 21 ans, le lendemain de l’attaque de Pearl Harbor. Helmet For My Pillow est avec With The Old Breed: At Peleliu and Okinawadont j’ai déjà parlé − la base de la série télévisée The Pacific produite par HBO. Après avoir fini le livre d’Eugene B. Sledge, la suite logique me semblait être de lire l’autre livre, celui dont il est question aujourd’hui.

 Et en toute honnêteté, je ne sais pas par quoi commencer tant ce que j’ai à dire est dur à formuler. J’aurais tendance à dire que Helmet For My Pillow est un très bon livre, mais trop bien écrit quand on a lu With The Old Breed et que l’on s’attend à moitié à avoir un récit du même genre. J’ajouterais que Robert Leckie est quelqu’un de très intelligent, cultivé, et surtout qu’il sait écrire et que cela se ressent. Mais cela pourrait laisser à penser qu’il n’en va pas de même pour Eugene B. Sledge, ce qui est totalement faux.

Il y a un grand décalage entre les deux livres, qui provient principalement de la façon que les deux auteurs ont d’aborder le sujet. Là où Sledge a choisi un style épuré, simple et sans prétention, parfois très cru et rentre dedans pour décrire la guerre du pacifique vécue par un soldat sur le front, Leckie a choisi une forme plus personnelle qui décrit sa vie personnelle dans cette guerre. Cela donne donc un livre moins axé sur l’histoire de la guerre, les campagnes et différentes batailles, mais plus un livre sur sa vision de l’histoire. Il prend clairement le parti de ne pas parler de certaines personnes qui de son point de vue n’apportent rien à la narration, il n’évoque que rarement ses peurs, ses ambitions ; le sentiment le plus intime qu’il narre est probablement sa haine contre des officiers qui lui volent des trophées de guerre, ou qui l’empêchent de faire le mur pour aller picoler lors du repos de son unité en Australie. Rien sur l’angoisse du quotidien, les problèmes bassement terre-à-terre de la vie dans la jungle − tout au plus un bref passage sur les rats à Pavuvu et une anecdote sur une araignée géante et un serpent énorme à Cape Gloucester. D’ailleurs, l’histoire de l’Australie me fait penser à une grosse différence à mentionner.

Robert Leckie s’est engagé dès le début de la guerre, il donc combattu à Guadalcanal puis Cape Gloucester, avec entre les deux une longue période de relâche en Australie, puis un passage à Pavuvu avant de se remettre un peu dans le bain à Peleliu où la guerre prendra fin pour lui suite à une blessure par onde de choc. Eugene Sledge a débarqué directement à Pavuvu, a combattu durant la totalité de la campagne de Peleliu, et la totalité de celle d’Okinawa avec un repos entre les deux à Pavuvu. Pour lui, la guerre n’a été que l’horreur meurtrière de batailles parmi les plus violentes de l’Histoire, sans aucune pose véritable. Leckie semble avoir vécu la guerre de manière un peu plus civilisée, avec la possibilité de passer des mois dans un pays civilisé, de sortir, rencontrer des femmes, des gens, passer des soirée à picoler, se payant même le luxe de finir plusieurs fois au trou pour insubordination. De son propre aveux et de celui de ses camarades, Peleliu était un « holocauste » là où Guadalcanal et Cape Gloucester avaient été un enfer. Leckie ne tiendra que deux jours sur Peliliu, ses amis moins d’une semaine, avant d’être blessés et évacués. Sledge survivra à Peleliu sans une égratignure, et survivra de la même manière à Okinawa, une campagne encore plus atroce. Il est intéressant de mettre en parallèle les deux livres ne serait-ce que pour cela, pour noter la différence énorme entre les vétérans comme Leckie et les remplaçants comme Sledge. L’échelle de valeur n’est pas la même, d’ailleurs la guerre elle-même n’est plus la même ; l’ennemi à changé. Les charges suicidaires qu’ont connu « Lucky », « Chuckler », « Runner » et autres « Hoosier », ces tactiques ont vécu. À Peleliu l’ennemi est enterré sur place et se montre redoutablement plus violent et sans pitié. La guerre a changé, et les deux livres racontent deux guerres différentes au sein de la même guerre.

C’est d’ailleurs le seul point véritablement remarquable, à mon avis. Si vous voulez un livre qui détaille la vie sur Guadalcanal et Cape Gloucester, le quotidien du front dans le Pacifique, celui de Leckie n’est pas le bon livre. Un exemple simple : With The Old Breed fournit de nombreuses photos d’archives des campagnes évoquées, ainsi que des cartes très détaillées pour se repérer ; Helmet For My Pillow fournit à peine deux ou trois cartes à très grand échelle du Pacifique et quelques photos de l’auteur et de ses amis proches, rien de plus. Lesquels amis proches sont d’ailleurs, au même titre que quasiment toutes les personnes présentées, désignées uniquement par leurs surnoms, ce qui n’aide pas du tout à leur mémorisation ni à s’intéresser réellement aux personnages.

Bon, tout cela peut sembler assez négatif présenté comme ça, alors qu’au bout du compte j’ai tout de même bien aimé ce livre ; mais le fait est que la différence avec le livre de Sledge est très grande, et qu’en généralement je ne suis pas très client de ce type d’autobiographie, justement à cause de la tendance des auteurs à employer un style un brin trop littéraire et pseudo-philosophique pour raconter certains épisodes de leur vie. Les passages qui m’ont le plus plu sont finalement ceux qui racontent les aventures de « Lucky » en Australie, passages qui n’ont donc rien à voir avec la guerre en elle-même. Pour le reste, à moins que vous ne cherchiez réellement à en découvrir un peu plus sur la personnalité de Leckie et sa façon d’écrire, je pense que vous pouvez vous contenter de regarder les épisodes de The Pacific qui lui sont consacrés, cela devrait vous suffire.

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